Le dauphin bleu et blanc

Marianne, Juillet 2016

Avant de repartir pour une semaine avec le GREC en prospection des cétacés au large de la côte d’Azur, j’ai voulu rassembler toutes les infos de mes livres sur l’espèce la plus commune de Méditerranée: le dauphin bleu et blanc. Je ne suis donc en rien l’auteur de ce qui suit, j’ai juste copié mes livres pour capturer la moindre petite information, ce qui n’est pas sans satisfaire mon léger côté obsessionnel.

 

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Stenella coeruleoalba : Stenos= étroit   caeruleus= bleu ciel     albus= blanc

En anglais: Striped dolphin/ Gray’s dolphin /streaker

 

Se nomme aussi dauphin de Thétis, dauphin de Meyen, dauphin bleu, dauphin rayé, dauphin Euphrosine, dauphin de la déesse, dauphin grec.

 

Habitat et distribution

 

Le dauphin bleu et blanc est présent dans la plupart des eaux tropicales, subtropicales ou tempérées chaudes. On le trouve très rarement dans les eaux froides (subarctiques). Il est essentiellement pélagique mais peut préférer les eaux côtières comme dans l’océan indien si la température est d’au moins 22°C. On les trouve généralement au delà du plateau continental, parfois à proximité des îles, à condition que les fonds y soient suffisamment importants. C’est de loin l’espèce la plus commune en Méditerranée.

 

Aucune sous-espèce n’est vraiment différenciée mais quelques caractéristiques morphologiques ou physiques varient d’une région à l’autre. Aussi, les dauphins de Méditerranée sont plus petits de 5 à 8 cm que ceux de l’Atlantique nord oriental et aucun échange génétique n’existe entre eux. Autre exemple, les dauphins de la Méditerranée orientale seraient dépourvu de lignes noires sur les flancs. Le génome mitochondrial des animaux de Méditerranée orientale et occidentale ne semble cependant pas différencié.

 

Le dauphin bleu et blanc semble être commun et abondant dans la majorité des aires géographiques qu’il occupe. On ne possède aucune estimation précise de la population mondiale mais quelques chiffres de sous-populations :

570000 dans les eaux nipponnes

20000 au large des côtes pacifiques nord-américaines

62000 le long des côtes américaines de l’Atlantique

13000 à Hawaï

74000 dans le golfe de Gascogne

4400 dans le golfe de Mexique

225000 en Méditerranée (117000 dans la mer Tyrrhénienne, 14000 dans la mer Ligurienne, 31000 dans le golfe du Lion et 18000 dans la mer d’Alboran).

 

 

Morphologie

 

Un adulte mesure entre 1,80m et 2,65m et pèse entre 110 et 160 kilos, les mâles sont plus grands que les femelles. Un nouveau-né mesure 1m et pèse entre 11 et 20 kg.

 

Le corps est élancé, fusiforme, long et davantage robuste que les autres espèces de Stenella. Le pédoncule caudal est plus épais que celui des dauphins communs. Le melon est bas et convexe, nettement séparé du rostre par un profond sillon. Le rostre représente 56% de la longueur crânienne et il est près de 2,5 fois plus long que large.

L’aileron dorsal est médian, subtriangulaire ou falciforme à extrémité pointue, et moyennement haut. Les nageoires pectorales sont falciformes, courtes, à extrémité pointue. La caudale a une envergure égale au 1/5 de la longueur corporelle.

 

Il possède 38 à 59 dents par demi-mâchoire supérieure et 37 à 55 par demi-mâchoire inférieure. Ces dents sont coniques, pointues et petites (toutes identiques : 3mm de diamètre et 15mm de long), elles sont incurvées vers l’arrière. Le palais osseux est plat, contrairement à celui du dauphin commun (utile pour l’identification d’animaux échoués).

 

 

Pigmentation

 

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Elle varie selon les variétés géographiques. En règle générale, la face dorsale est gris sombre, brune ou gris bleuâtre. Une flamme gris/bleuâtre plus pâle traverse obliquement la cape sombre, se divisant en deux en formant une pointe vers l’aileron dorsal. Ces marques varient et peuvent parfois être absentes ou très faibles. Les flancs sont clairs et la face ventrale est blanche. (rosâtre en Méditerranée). Les yeux sont cerclés de noir ou de gris foncé et il en part deux bandes noires : l’une parcourt les flancs jusqu’à la région anale et l’autre, jusqu’à la base des nageoires pectorales. Chacune de ces deux bandes peut être doublée. Une ligne grise sombre de moins de 10 cm de large relie le cercle foncé entourant l’œil à l’orifice de l’oreille interne.

Les nageoires, la mâchoire supérieure et la moitié antérieure de la mâchoire inférieure sont sombres.

Les vieux individus sont reconnaissables à leur blanchissement sur le haut du melon.

 

Comportement

 

Il marsouine souvent et plus des ¾ du corps émerge, parfois le corps entier. Il fait surface toutes les 5 s ou toutes les 10 à 20s au cours d’une série de ventilations. Il peut rester en immersion entre 5 et 10 mn et descendre jusqu’à 700 mètres de profondeur.

 

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Il nage très souvent à grande vitesse (entre 28 et 31 km/h) et peut atteindre une vitesse de pointe de 50 km/h. C’est donc un nageur rapide, énergique mais aussi agile.

Dans la plupart des aires géographiques qu’il occupe, il semble entreprendre des petits déplacements saisonniers certainement liés aux mouvements de ses proies ou à la température de l’eau puisqu’il a tendance à suivre les courants chauds.

Les dauphins bleus et blancs sont grégaires. La taille du groupe varie de 10 à 30 (dans l’Atlantique nord orientale) à quelques milliers d’individus (3000 dans la péninsule Izu au Japon). Dans les eaux nippones, on distingue 3 sortes de groupes : Juvéniles/ adultes reproducteurs/ groupe mixte avec adultes reproducteurs et non reproducteurs. Dès l’âge de un ou deux ans, les jeunes quittent le groupe des adultes reproducteurs pour rejoindre celui des juvéniles qui eux se joignent au groupe des adultes en phase de reproduction dès qu’ils ont atteint la maturité sexuelle.

Ils adorent venir jouer à l’étrave et des individus solitaires accompagnent parfois les navires sur de longues distances.

Le dauphin bleu et blanc est capable d’effectuer des sauts acrobatiques et de retomber sur un flanc, parfois jusqu’à 7m de haut ! Ces sauts périlleux sont effectués en avant et en arrière. C’est la seule espèce capable en sautant, de faire des vrilles de la queue : une fois, en l’air, il tourne rapidement sa caudale ! Ce phénomène s’appelle le « roto-tailing ». C’est souvent le soir, quand la lumière devient rose, que les dauphins rayés font leur show, multipliant les sauts sur une mer calmée.

 

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Il peut s’associer aux bancs d’albacores à nageoires jaunes pour chasser des proies communes on suppose, et les pêcheurs peuvent mieux repérer le poisson grâce à eux (dans le Pacifique, au large du Mexique et des États Unis). Mais en général, il est rarement associé à d’autres dauphins ou oiseaux de mer (un peu les dauphins communs en Atlantique).

Moins familier que le dauphin commun, il maintient généralement une zone de sécurité autour de lui et ne cesse de changer de direction.

On connaît quelques cas d’échouage en masse chez ce dauphin (une centaine sur les côtes espagnoles et 6 aux iles Canaries) mais cette espèce est de loin la moins concernée par les échouages collectifs des cétacés.

 

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Alimentation

 

Son régime alimentaire est composé de poissons, de mollusques céphalopodes et de crustacés vivant entre 100 et 700 mètres de profondeur. Pour les dauphins de Méditerranée, ils se nourrissent en général du soir au matin, la pleine journée étant surtout consacrée au repos et à la socialisation. On les voit ainsi se rapprocher des côtes la nuit où ils profitent des migrations verticales des espèces profondes.Ils semblent aussi préférer les calmars en Méditerranée.

Se dispersant par petites palanquées de 1 à 3 individus, l’ensemble du groupe est capable de couvrir un périmètre d’une dizaine de kilomètres carrés. La fonction d’écholocation est alors indispensable pour mener à bien la recherche de nourriture. Au petit matin, après rassemblement, le groupe s’autorise des phases de repos en alternance dans la journée avec des activités sociales, des phases ludiques… entrecoupées de séances de prédations indispensables à l’apport nutritionnel journalier nécessaire.
La technique de chasse de jour s’avère différente et plus tactique. Le groupe reste uni et utilise une méthode de regroupement des proies à l’aide de sauts, de mouvements rapides, d’encerclement, forçant le banc à se resserrer, la capture devenant ainsi plus aisée.

 

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Prédation

 

Il est régulièrement chassé pour sa chair depuis des siècles, il l’est encore aujourd’hui au Japon, à raison de 5000 à 6000 individus chaque année. Il est aussi souvent capturé dans les sennes, en particulier dans le Pacifique est. Il est en préoccupation mineure sur le statut de la liste rouge de l’IUCN mais il est considéré comme vulnérable en Méditerranée.

En 1990, une épidémie a causé la mort de milliers de dauphins bleus et blancs. L’hypothèse des scientifiques est celle d’une contamination par le DMV, un morbilivirus (pathologie dérivée de la maladie de Carré du chien et transmise par les poissons ingérés par le mammifère) entraînant des sortes de pneumonies, des hémorragies, des diarrhées, des gènes respiratoires… Les tissus des animaux autopsiés lors des échouages ont montré des concentrations très élevées de PCB (polychlorobiphényle) et de métaux lourds (ces polluants sont révélateurs des niveaux de pollution affectant notamment la Méditerranée où l’espèce est très abondante). Les animaux étaient également très affaiblis. Ces polluants pourraient avoir favorisé l’épidémie par un effet sur le système immunitaire des dauphins. Par ailleurs, le manque de nourriture pourrait aussi être en cause. En 2008 il a été noté une recrudescence d’échouages.
Il est très rare que des animaux s’échouent vivants. Lors de maladies ou d’états de fragilités intenses, ils se rapprochent du littoral afin de baigner dans des eaux plus calmes, le maintien à la surface devenant alors difficile pour les plus affaiblis. A bout de force, ils coulent et se noient ou bien l’échouage devient inévitable !

 

Il ne supporte pas la captivité refusant toute sorte de dressage. De plus il est frappé par des infections inconnues en milieu sauvage.

 

En plus de l’homme, les principaux prédateurs du dauphin bleu et blanc sont les requins et l’orque. On a observé également des fausses-orques, des orques pygmées et des globicéphales agressant des troupeaux mais il est difficile de savoir s’ils représentent une source de danger dans la vie de ce dauphin.

 

 

Reproduction

 

La maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 7 à 15 ans pour les mâles et de 5 à 13 ans pour les femelles, leur taille mesure alors entre 1,80 et 1,90m.

La durée de gestation est de 12 mois, quelques cas de grossesses gémellaires mais habituellement un veau.

La femelle met bas tous les 2,5 ans à 4 ans, de l’été à l’automne quand l’eau est la plus chaude. La durée de lactation est de 8 à 18 mois, toutefois le veau commence à se nourrir d’aliments solides dès l’âge de 3 mois.

Le maximum enregistré pour la longévité est de 58 ans mais elle est estimée au environ de 40 ans.

 

Bibliographie

 

Jean-Pierre SYLVESTRE « Cétacés du monde » Editions Quae.

Hadoram SHIRIHAI «  Guide des mammifères marins du monde » Editions Delachaux et Niestlé.

Gérard SOURY « Dauphins et baleines » Editions Nathan.

Denis ODY  « Cétacés en Méditerranée » Biotope éditions

 

« handbook of the mammals of the world n°4 : Sea mammals » Editions Lynx

Annalisa BERTA « A natural history and species guide: whales, dolphins and porpoises » Ivy press

 

« cetaces.org »

« Wikipédia.org »

« doris.ffessm »

 

Photos: La sublime banque d’images d’ARKIVE, otlibrary et (c)Frédérique Lucas.

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