Les cétacés du Spitzberg

Marianne, septembre 2016

Comme nous vous l’expliquons ici, nous avons passé quelques jours au Spitzberg sur un voilier, pour ensuite traverser la mer de Barents et rejoindre le nord de la Norvège. Nous avions perfectionné notre pratique avec le GREC et nous étions parfaitement au point pour récolter les données scientifiques des cétacés que nous allions rencontrer.

Lorsque nous cherchons les animaux, cela s’appelle de la « prospection », nous notons notre parcours et le nombre d’heures d’observation (donc hors repas/repos/vomissements ;-)). Si nous ne croisons aucun animal, les données sont tout aussi importantes puisque cela permet d’avoir une idée sur l’abondance des peuplements.

Avant de partir nous épluchons nos guides pour savoir quelles espèces nous sommes susceptibles de rencontrer à cette période, ce qui facilite l’identification des animaux. Par exemple, les principaux dauphins que nous avons rencontrés étaient les lagénorhynques à bec blanc (Lagenorhynchus albirostris), rassurez-vous, moi aussi j’ignorais leur existence! En observant consciencieusement leur pigmentation et la forme de l’aileron dorsal sur nos livres, nous avons pu sur place, immédiatement les identifier sans hésiter.

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Le bout du rostre du lagénorhynque à bec est blanc est…blanc!

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Voici notre plus belle photo des lagénorhynques et pourtant nous les avons croisés de près à de nombreuses reprises. Leur émersion est très rapide et imprévisible.

Les baleines sont aussi assez présentes puisqu’elles viennent dans le Nord pour se nourrir de krill (petites crevettes translucides). Si le réchauffement climatique est une menace pour les ours polaires, il l’est encore plus pour le krill avec des conséquences bien plus désastreuses. La disparition de l’ours blanc serait une grande perte mais aurait finalement peu d’impacts sur son écosystème. Le krill est le maillon clé de la chaîne alimentaire de très nombreux animaux: baleines, phoques, calmars, manchots, oiseaux… Sa pêche intensive aggrave la situation pour nourrir les poissons d’élevage ou fabriquer des compléments alimentaires. Cette petite crevette a du mal à égaler le charisme de l’ours polaire, pourtant, sa survie est vitale pour l’écosystème.

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Krill arctique (Meganyctiphanes norvegica)

Le Spitzberg est un très bon spot pour apercevoir la baleine bleue, un très grand souffle au loin nous a fait penser que c’était elle mais elle a disparu aussitôt. Les baleines à bosse sont aussi très présentes, mais c’est la route d’un rorqual commun que nous avons croisée près des côtes:

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Avant de partir, je craignais avoir du mal à identifier les animaux au vue des nombreuses espèces que l’on pouvait rencontrer, en fait cela s’est avéré plutôt simple.

Et pour la première fois de ma vie, je croise plusieurs rorquals de Minke, une des plus petites baleines, Alex en avait déjà vu en Antarctique.

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Deux rorquals de Minke sur 5 sont venus s’approcher du bateau le temps de quelques souffles ce qui est assez rare chez cet animal peu curieux ou sans doute craintif car c’est aujourd’hui la baleine la plus chassée…

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Le rorqual de Minke est légèrement plus grand que l’orque.

Autre magnifique cétacé que nous avons pu observer: le béluga! Quelle incroyable expérience :-) Nous les avons vus une première fois dans le port de Longyearbyen, assez nombreux, venant ici pour se nourrir. Lorsque nous quittons le port ils sont déjà partis et nous n’avons pas vraiment pu les approcher.

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Leurs cervicales n’étant pas soudées, ils ont un grande flexibilité au niveau du cou, ce qui n’est pas le cas de la plupart des dauphins.

Mais quelques heures plus tard sur la route vers Barentsburg, nous apercevons un dos blanc, l’animal semble être seul mais il s’agit en fait d’un groupe d’au moins 300 individus! Nous mettons l’hydrophone dans l’eau et là, voici ce que nous entendons:

Incroyable! On se croirait en pleine jungle amazonienne! Nous pensons que le bruit régulier qui fait penser à un pivert est celui d’un rorqual de Minke qui chassait avec les bélugas :-)

Les bélugas sont hyper bavards et possèdent un répertoire vocal très varié, ils sont surnommés « les canaris des mers ». L’hydrophone permet de plonger dans leur univers et nous passons plus d’une heure à les écouter et les observer. Ils semblent chasser, puis se mettent à voyager en marsouinant (sauts de déplacements au dessus de la surface pour accroître la vitesse car il n’y a pas la résistance de l’eau).

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Si plusieurs oiseaux volent autour des animaux, les cétacés sont probablement en train de chasser.

IMG_5286 - copieUn béluga certainement blessé par une hélice de bateau.

IMG_5364 - copieNous remplissons nos fiches d’observation en notant, entre autre, le nombre d’individus, leur activité, leur comportement vis à vis du bateau et la présence ou non de juvéniles (à gauche ici sur la photo)

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Lorsque le béluga s’approche du bateau…il est énorme! Il reste en apnée et ne respire qu’à quelques mètres, une fois passé…curieux mais timide!

Sur les 1200 kilomètres parcourus en 9 jours, nous avons prospecté durant 320km soit 52 heures et nous avons observé des cétacés à 13 reprises (simple vision d’un souffle comprise). Principalement les lagénorhynques à bec blanc, les bélugas et les rorquals de Minke, trois espèces que je n’avais encore jamais eu la chance d’approcher.

Malheureusement j’ai laissé échapper le micro de l’hydrophone au milieu de la mer de Barents ce qui a limité nos observations acoustiques…Erreur que je ne suis pas prête de reproduire!!!

Photos: Alex et Mar, Arkive, Doris.

  1 comment for “Les cétacés du Spitzberg

  1. ewic
    25 septembre 2016 at 6 h 54 min

    Magnifique le chant des bélugas ! On les écouterait pendant des heures. Bravo pour ce reportage.

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