Une école de cétologie

Marianne, Juin 2016

 

STAGE NIVEAU 2 DU GROUPE DE RECHERCHE SUR LES CÉTACÉS

Nous avions adoré le niveau 1 qui concernait la partie théorique : une semaine de cours sur l’étude des cétacés sur le terrain, l’acoustique, l’évolution et l’adaptation de ces animaux… Une mine d’or d’informations énoncées par Alexandre Gannier, cétologue, auteur de maintes publications scientifiques et chercheur sur le terrain depuis 25 ans. Du lourd. Avec sa femme Odile, ils ont créé une association de recherche sur les cétacés (GReC) principalement en Méditerranée occidentale, en Polynésie française et aux Açores.

Depuis plusieurs années ils organisent des stages sur 3 niveaux qui constituent une initiation complète à la cétologie.

 

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Chacun son poste et son champ visuel pour ne rien rater.

Après la théorie enseignée au CREPS d’Antibes entourés de beaux sportifs, la pratique sur le terrain s’effectue sur un voilier de 12 mètres en petit comité, pour un apprentissage des observations visuelles mais aussi acoustiques.

Ce sera donc une semaine en mer avec de longues journées de prospection où nos yeux ne quittent pas l’horizon durant plusieurs heures (entre 10 et 14 heures d’affilée avec une courte pause repas) !

Rester sans bouger, supra concentré, en plein cagnard ou dans le vent gelé… Ça ne fait pas vraiment rêver? C’est pourtant la réalité du terrain pour tenter de ne louper aucun cétacé, animal très discret, près de nos côtes méditerranéennes. Car, on ne le sait pas toujours, cachalots, dauphins, rorquals communs, dauphins de Risso, globicéphales et baleines à bec de cuvier vivent tout près de chez nous. Pour une fois, pas besoin d’aller à l’autre bout du monde !

Mais détrompez vous, rien n’est plus apaisant et méditatif que regarder la mer à perte de vue dans l’espoir de croiser des êtres qui nous fascinent.

 

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Nous avons pu observer les dauphins bleus et blancs à 6 reprises.

Durant les 400km parcourus à la voile, nous avons croisé la route de ces mammifères marins à 8 reprises seulement (ce qui semble être la moyenne à cette période). Chaque rencontre est plus ou moins furtive (Entre 1 et 45 mn) et plus ou moins proche (de 1 mètre à 2 km) donc inutile de vous dire que c’est comme partout ailleurs : la plupart du temps, nous ne voyons rien. Mais pour voir un aileron au loin, il faut habituer son œil à ne rien voir, juste l’horizon, des heures et des heures. Avec l’expérience, chaque petite tache ou anomalie se remarquera alors beaucoup plus facilement.

Lorsque nous apercevons les animaux, il ne s’agit pas d’ajuster sa combi, d’enfiler ses palmes et sortir le caisson photo! Car là, un nouvel univers s’ouvre à nous : la science ! Tout le monde est au taquet pour recueillir le maximum de données : espèces, estimation du nombre, présence de juvéniles, structure du groupe, activité (repos/prédation /socialisation/voyage), vitesse et direction de déplacement, réaction au bateau, chronométrage des changements de comportements. Nous enregistrons aussi de nombreuses données sur l’environnement : coordonnées GPS, direction et force du vent, état et couleur de la mer (cette dernière nous indique si elle est chargée en plancton), nébulosité, visibilité, trafic aux alentours, des précisions très utiles pour mieux connaître ces animaux. D’ailleurs nous mettons à jour toutes ces données environnementales toutes les 20 mn, animaux ou pas.

 

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On compte les souffles du cachalot et on enregistre les données observées. Il manquait quand même la case à cocher « très choupinou » « très très choupinou » « très très très choupinou »!!!

En quelques secondes Alexandre Gannier comprend la situation: « les dauphins chassent » « le cachalot va sonder », des signes précis de comportement qu’il nous apprend à analyser.

En observant la dernière inspiration du cachalot avant sa sonde de 45mn, en regardant les dauphins chasser méthodiquement et conjointement, ou en écoutant leur léger souffle en surface quand ils se reposent, on n’a plus aucune envie de se mettre à l’eau, de les déranger, d’être intrusif dans leur vie sauvage. Juste observer, et comprendre.

 

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Une grande nouveauté pour nous au cours de cette formation : recueillir des données acoustiques. Car en plus d’un ordinateur, des jumelles et d’un appareil photo avec téléobjectif (pour la photo identification), le voilier du GREC est équipé d’un hydrophone que l’on traîne à 200m derrière le bateau pour avoir accès à tout moment aux bruits sous-marins.

À plusieurs reprises nous avons entendu les « clic » d’un cachalot. On peut savoir rien qu’en écoutant attentivement, s’il cherche ses proies, s’il mange, s’il remonte à la surface et on peut même avoir une idée de sa taille ! Alexandre devine aussi approximativement la distance qui nous sépare de lui.

La vocalisation des dauphins est aussi incroyable; on a l’impression de participer à leur conversation, on peut entendre principalement des sifflements et des « clic » d’écholocalisation qui peuvent nous faire très mal aux oreilles s’ils sont proches!

 

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Alex est au taquet pour rentrer les données dans le SMAC (Système de monitoring d’acoustique des cétacés).

Ce stage c’est aussi l’adaptation à la vie sur un voilier, une première pour moi ! Et Alexandre nous met direct dans le bain, sans pincettes, pour que chacun soit autonome au plus vite et participe à la vie à bord sans gaspillage. Avec une consommation d’eau très restreinte, on oublie les masques hydratants pour les cheveux, les longues douches chaudes et le rinçage de dents abusif.

J’ai adoré l’atmosphère confinée, l’ordre à respecter que requièrent les petits espaces, ainsi que de se réveiller au pied des îles et se laisser surprendre chaque jour par ce que la mer allait nous offrir.

 

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Nous avons eu la grande chance (GF) d’avoir des conditions de visibilités idéales toute la semaine :-)

Avec Alex, nos rencontres avec les cétacés étaient jusqu’à présent guidées par l’envie de croiser leur regard sous l’eau, de les photographier. Nous avions déjà utilisé un hydrophone pour localiser les cachalots, nous avions déjà étudié le comportement des dauphins pour avoir une idée de leur activité mais croiser ces animaux aux côtés d’un spécialiste a été pour moi une révélation.

Tout en restant à distance, je me suis sentie extrêmement proche de ces animaux, car à l’écoute de la moindre de leur réaction ou vocalisation. À chaque observation on s’introduit profondément dans leur univers sauvage, et c’est aussi jouissif que de les côtoyer sous l’eau et finalement influer sur leur comportement.

 

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Après 11 heures en mer sans rien voir, on n’est pas peu fiers de trouver un grand groupe de Tursiops chasser à quelques mètres du port d’Antibes!

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Nous étions 3 stagiaires pour ce niveau 2, avec Camille, étudiante en océanographie.

Photos: GREC– Marianne AVENTURIER

  2 comments for “Une école de cétologie

  1. Cathlagirafe
    18 juin 2016 at 22 h 11 min

    Merci, c’est très bien écrit et très interessant. Les photos donnent une bonne idée de ce que peu être ce voyage hors du temps. Bravo !

  2. David Sirour
    20 juin 2016 at 4 h 56 min

    « Rien de grand dans le monde ne s’est fait sans passion »… vous en êtes l’exemple !
    Continuez à vivre vos passions et vos engagements et à transmettre 😉
    biz

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