Vaincre le mal de mer

Marianne, Janvier 2018

 

Le mal de mer est un vrai handicap qui empêche de nombreuses personnes de naviguer ou, comme c’est le cas pour moi, qui rend la vie en mer difficile. J’ai longtemps refusé de prendre des médicaments pour éviter les effets secondaires de somnolence car je voulais rester éveillée pour nager avec les animaux. Et lors des sorties à la recherche des cétacés, la mer est souvent calme et nos yeux quittent rarement l’horizon donc je n’ai jamais été très malade. Mais pour les longues navigations, j’ai essayé plusieurs méthodes dont je voulais vous faire part sachant que nous réagissons tous différemment:

  • Je passe vite sur la règle des 4 F : éviter absolument Faim, Froid, Fatigue, Frousse. Avant je me disais « peu importe de toute façon je suis malade ». Et bien NON, restez toujours vigilent, forcez-vous à grignoter régulièrement, bien vous reposer et vous couvrir avec des habits adaptés à la voile.
  • Les cachets : j’adore le « mercalm » qui est efficace sur moi et je suis incapable de prendre les médicaments que l’on doit sucer et non avaler (genre « cocculine ») quand je suis nauséeuse, même s’il est conseillé de les prendre avant d’être malade. Un grand marin très habitué aux personnes malades m’a conseillé le « stugeron » qui selon lui est de loin le plus efficace. Mais il n’est pas en vente en France, vous le trouverez en Angleterre, en Belgique, en Espagne, ou ici sans ordonnance.
  • Les patchs Scopoderm que l’on colle derrière l’oreille. Ils sont efficaces chez beaucoup de personnes dont sur moi, mais en fait ils m’empêchaient de vomir et je restais nauséeuse. Dès qu’ils ne faisaient plus effet (au bout de 3 jours environ) je vomissais immédiatement. Et finalement je me sentais mieux après avoir vomi plutôt que de rester sans cesse nauséeuse. J’ai eu des gros troubles de la vision durant plusieurs jours, je ne pouvais plus lire du tout ! Ces patchs ne se vendent que sur ordonnance et ne sont pas remboursés (43 euros les 5 patchs, commencez par mettre un patch et deux ensuite si vous êtes très malade).

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  • Les bracelets qui appuient sur un point d’acupuncture à l’intérieur du poignet, à vrai dire je n’adhère pas trop car le point est tellement précis que j’ai l’impression qu’il y a une chance sur 100 pour appuyer au bon endroit. J’en ai mais je ne les mets jamais.
  • A mon cours de Do In (automassages qui stimulent l’énergie des méridiens), j’ai appris que croiser les petits doigts aide à faire passer le mal des transports. J’ai tendance à serrer fort mes petits doigts et ça me crispe pas mal au lieu d’essayer de me détendre…

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Mais comme je vais être amenée à passer beaucoup de temps en mer, je me suis penchée sur la rééducation vestibulaire . L’hôpital d’instruction des armées Clermont-Tonnerre à Brest propose ce travail mais il fallait y rester au moins 10 jours. Du coup j’ai préféré m’adresser à une kinésithérapeute spécialisée qui sait soigner le mal des transports.

Le mal de mer est dû à un conflit sensoriel entre la vue, l’oreille interne et la proprioception à partir de la voûte plantaire. Lorsque les nausées surviennent, c’est comme un système de protection qui informe de l’incohérence des perceptions : l’oreille interne perçoit un mouvement (la houle) mais les pieds, eux ne bougent pas et ne donnent pas la même information au cerveau, ni la vue (sauf si on fixe l’horizon et qu’on informe le cerveau « oui ça bouge », c’est pour cela que nous sommes si vite malade à l’intérieur d’un bateau !). La rééducation vestibulaire consiste à reproduire ce conflit sensoriel pour que le cerveau trouve petit à petit des solutions et s’adapte de manière efficace donc en maintenant l’équilibre et sans signes végétatifs.

Pour cela avec ma kiné nous faisons divers exercices statiques et dynamiques où nous donnons des informations différentes au cerveau : on perturbe l’équilibre sur un trampoline, des coussins, une planche d’équilibre, des tapis mousse… La vision est aussi perturbée par une boule optocinétique (à facettes) ou tout simplement en fermant les yeux. L’oreille interne est sans cesse sollicitée puisqu’il faut toujours faire des mouvements de la tête (gauche/droite ou de haut en bas). Cette petite vidéo illustre un peu les exercices à faire:

 

La difficulté des séances augmente progressivement. Lorsque l’optocinétique est bien tolérée, on peut démarrer une partie des séances avec des logiciels de réalité virtuelle spécialisés ; leur intérêt est de reconstituer des conflits de manière «plus vraie » donc plus difficiles.

 

Je pratique ces exercices le plus souvent possible, plusieurs fois par jour au début de la prise en charge et au moins 4 fois par semaine désormais, ceci en plus des séances. C’est un peu contraignant, il faut juste y penser et se discipliner. Après 3 mois de rééducation j’ai embarqué 3 semaines sur un voilier et j’ai vraiment senti la différence! Je pouvais aller et venir à l’intérieur du bateau, je n’ai vomi que deux fois lorsque la mer était vraiment agitée. Je me sens beaucoup moins nauséeuse, juste barbouillée. Par contre je ressens une fatigue intense, mais je peux être active et ne reste pas enfermée dans ma couchette. Selon l’hôpital de Brest, en 2010 une étude a prouvé l’efficacité de cette méthode pour 70% des patients (sur cent personnes).

 

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Il reste une méthode que je n’ai pas testé, les lunettes remplies de liquide qui permettent à la vue de donner la même information au cerveau que l’oreille interne, quand on a compris le conflit sensoriel, cela semble logique et efficace. Je connais seulement une personne qui a testé ces lunettes et qui n’a pas du tout été convaincu. Mais j’ai quand même envie d’essayer car je le répète, nous réagissons tous différemment et si ça ne fonctionne pas pour Jacqueline, ça peut fonctionner pour Paul-André! En plus cela permet un total look raccord avec ses immondes vestes de quart à capuche jaune fluo!

Et dernière chose importante pour ceux qui ne souffrent pas du mal de mer : surtout ne pas demander sans cesse « ça va? » à un malade car la moindre réponse nous coûte vraiment, juste tourner la tête et répondre « non » est à peu près l’équivalent d’un marathon pour un unijambiste!

 

Photos et vidéo:  Aurélie d’Estalenx, Le mal de mer.

Merci à Aurélie d’Estalenx, masseur-kinésithérapeute, D.U handicap sensoriel et rééducation de l’équilibre. 6 Bd St Marcel 75005 PARIS. 0145351921.

 

 

  2 comments for “Vaincre le mal de mer

  1. Michèle Garance
    16 janvier 2018 at 19 h 12 min

    Un grand merci….Il y aussi peut-être des aptitudes plus ou moins génétiques au mal de mer…….
    J’ai eu une enfance affreuse dans le domaine du mal des transports; à mon époque, il y avait « nautamine », ce cachet vert que je voyais encore tout entier flotter dans un verre d’eau et qui me créait un réflexe conditionné de nausées sur le coup des 4h du matin quand on m’arrachait du lit pour voyager du centre de la France jusqu’à la mer.
    Toutes petites, mes deux filles vomissaient dans le couffin de la banquette arrière ou dans le siège auto……et les traversée Continent -Corse furent parfois des calvaires pour leur père transportant 3 sacs salis pour les remplacer par des sacs propres !!!!!!!!!!! Ceci pourrait en partie expliquer cela !!!!!!! La Maman de Marianne.

    • Mar et Alex
      20 janvier 2018 at 16 h 29 min

      Merci maman pour ces détails pointus éclairant effectivement la situation !!!!

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